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Fissuration sous chargement cyclique Coordinateur Philippe Bisch, IOSIS – INDUSTRIES 1. La problématique L’objet de cette partie est l’analyse de la réglementation et des pratiques d’ingénierie concernant la maîtrise de la fissuration de voiles en béton armé sous l’effet de chargements cycliques, notamment l’action sismique. La prévision de la fissuration des voiles en béton armé est importante pour le bon fonctionnement et la durabilité des structures concernées. Dans un cadre normatif, cette prévision doit être faite vis-à-vis d’états limites, plus précisément :
Pour ce faire, pour prendre le cas du séisme, il n’est pas suffisant de connaître l’état de fissuration en cours de chargement, il faut aussi le connaître une fois celui-ci terminé, car c’est cet état final qui détermine les performances ultérieures de l’ouvrage tant sur le plan mécanique que sur celui d’autres fonctionnalités (étanchéité, durabilité,..). Ceci pose la question de la part irréversible de la fissuration lorsqu’un ELU de ce type est atteint Les formules développées par le CEB, puis dans le cadre de l’EUROCODE 2, apportent des solutions satisfaisantes (quoique toujours approximatives…) pour des poutres en flexion ou en traction, mais des études précédentes ont montré qu’elles n’étaient pas vraiment applicables à des voiles. Elles ne traitent par ailleurs que des situations de service en sollicitation quasi-statique. Il s’agit, en s’appuyant sur les résultats expérimentaux disponibles ou à établir et sur les développements récents pour la modélisation du béton armé, d’établir des procédures simples pour évaluer écartement et ouvertures des fissures dans des situations de service ou ultimes, sous chargement dynamique cyclique. 2. Les objectifs L’objectif général est double : a) améliorer la connaissance du phénomène et mettre à disposition des concepteurs des méthodes d’évaluation simples et fiables, b) améliorer l’économie de ce type de structures en permettant d’optimiser les quantités de béton et d’acier dans le cadre de fonctions à respecter. 2.1 Le point de vue des Maîtres d’ouvrages La prévision de l’état de fissuration de voiles en béton armé a une influence directe sur le coût de la construction et permet de mieux appréhender le comportement des ouvrages. Les ouvertures des fissures dépendent de l’état de sollicitation des voiles, de leurs épaisseurs et ferraillages et de la qualité des dispositions constructives. Dans le cadre d’un projet où les ouvertures des fissures doivent être limitées, l’optimisation des quantités à mettre en œuvre est à rechercher afin de minimiser le coût de la construction. Une fissuration excessive en service affecte l’esthétisme, la durabilité et, dans le cas de certains ouvrages, leur fonctionnement. A l’état limite ultime en situation sismique ou accidentelle, une fissuration imparfaitement maîtrisée peut également compromettre certaines fonctions importantes assurées par les éléments structuraux (perte de confinement, rupture d’ancrages). 2.2 Le point de vue de l’ingénierie L’objectif du projet est de mettre au point des méthodes de calcul destinées à l’ingénierie permettant la prévision de la fissuration. Des formules de calcul des ouvertures, de l’orientation et de l’espacement des fissures dans les voiles seront ainsi proposées pour les états limite de service et ultime, pour un chargement dynamique cyclique. Il est attendu des progrès sur les trois aspects suivants :
Par ailleurs, un objectif de l’ingénierie est de mettre au point des méthodes de calcul (type post-processeur d’un modèle éléments finis) permettant une estimation plus fine (état de fissuration, ouverture et espacement de fissures, déformations des armatures, …), tout en restant dans le cadre des pratiques d’ingénierie. 2.3 Le point de vue des chercheurs Le déroulement du programme envisagé pour ce projet permettra les développements suivants :
3. Etat de l’art Du fait de sa complexité, la caractérisation de la résistance et du comportement à rupture des voiles en béton armé en situation sismique a fait l'objet de nombreuses études expérimentales aussi bien au niveau national qu’international. Différents programmes de recherche français (CAMUS 1 & 2) et européen (CAMUS 3 & 4, ICONS, ECOLEADER, ECOEST) ont permis d’obtenir une base de données en dynamique comme en statique du comportement global à rupture de murs plutôt élancés et peu armés, correspondant à du bâti courant. Concernant les voiles plus armés, d’utilisation plus orientée vers l’industrie, les résultats les plus marquants concernant les murs à faible élancement sous sollicitations membranaires sont issus des programmes suivants :
Des études ont été menées sous la direction d’EDF sur ces sujets, elles ont permis d’analyser les résultats expérimentaux accessibles. Néanmoins, les résultats concernant la fissuration sont peu nombreux (notamment pour des raisons d’instrumentation) et rarement disponibles sous forme numérique, nécessaire pour une étude fine. Cependant, l’expérimentation SAFE a mis à disposition ce type de résultats sous forme adéquate, ce qui a permis une première approche du problème posé, pour la famille de murs testée évidemment en petit nombre. Au niveau international, des essais originaux ont été développés sur des éléments de structures en cisaillement (Vecchio & Collins 1986) permettant de définir des règles de calcul simples sur la rupture d’éléments structuraux en cisaillement pur. Ces différents programmes ont permis de mieux comprendre les mécanismes de rupture de ces voiles, de connaître l'évolution de leurs caractéristiques dynamiques en fonction de l'endommagement, de valider des modèles. Pourtant, ils ne permettent pas de mettre en place des règles les plus universelles possibles permettant de connaître le mode de fissuration, l’ouverture et l’espacement des fissures dans les voiles. La raison principale est que le béton lui-même participe à la résistance au cisaillement (formulations actuelles basées sur la contrainte dans les armatures). Par ailleurs, chaque essai était réalisé sur un seul type de géométrie, avec des conditions aux limites et des chargements particuliers difficilement extrapolables. On peut énumérer quelques limites de ces programmes :
4. Méthodologie 4.1. Philosophie générale de la recherche Afin de permettre une avancée significative par des résultats utilisables dans les projets, il est proposé une recherche alliant expérimentation sur corps d’épreuve et expérimentation numérique. Cette démarche est décrite au § 3.2 de la colonne « expérimentation ». Pour l’étude du comportement pendant et après séisme, l’aspect dynamique de la sollicitation n’apporte pas d’information supplémentaire lorsqu’on s’intéresse à un seul panneau de mur, si un comportement structurel d’ensemble n’est pas en jeu. Pour une meilleure connaissance comportementale semi locale, des essais quasi statiques cycliques sur des panneaux de murs sont suffisants, la vitesse de déformation lors d’un séisme étant trop lente pour influencer notablement les comportements locaux ou semi locaux. 4.2. Méthode La démarche innovante que nous proposons repose sur les étapes suivantes : 1. Il sera nécessaire, dans un premier temps, de cerner plus précisément les situations réelles rencontrées par les concepteurs dans les situations concernées par ce thème pour définir le programme d’expérimentation numérique à mettre en œuvre, donc, en amont, les tests devant servir de support. 2. Montage d’une expérimentation comprenant des tests monotones et/ou cycliques sur des panneaux représentatifs, incluant une recherche des meilleures méthodes d’instrumentation des fissures. Les essais envisagés bénéficieront des avancées majeures effectuées ces dernières années sur les moyens de mesures, en particulier les techniques de corrélation d'images. Les informations qui peuvent être obtenues sont particulièrement déterminantes sur plusieurs points :
3. Réalisation d’essais simples sur des volumes élémentaires représentatifs, avec les techniques actuelles de mesure permettant une connaissance précise des conditions aux limites réelles. 4. Utilisation et validation de modèles fins (macro et micro) par les essais. 5. Mise au point d’un modèle numérique fin (macro et micro) de panneau en béton armé calé sur les essais d’éprouvettes à petite échelle puis confronté aux résultats de l’expérimentation à plus grande échelle. 6. Définition des classes de murs à étudier par expérimentation numérique sur un grand nombre de cas, en relation avec 1). 7. Définition d’une méthode d’ingénierie pour la prévision des espacements et des ouvertures des fissures sur la base de l’exploitation des résultats expérimentaux et numériques.
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